Regards croisés : les populistes sont-ils fâchés avec la science ?
31 mars 2025


Les populistes, soucieux de flatter l’opinion publique à tout prix, entretiennent un rapport ambivalent avec la science. Notamment quand le fait scientifique vient contredire un discours politique simplificateur qui est désormais amplifié par les réseaux sociaux. Entre méfiance vis-vis du savoir et quête de sensationnalisme, cette relation pose la question de la place de la science dans nos démocraties.
Deux experts nous éclairent sur ces tensions.
Michel Dubois
Sociologue, directeur de recherche au CNRS. Ses travaux au Groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique de la Sorbonne (GEMASS), un laboratoire CNRS Sorbonne Université, portent sur la confiance dans les institutions scientifiques.
Alain Fisher
médecin et immunologiste, professeur émérite au Collège de France. Il est membre de l’Académie des sciences et de l’Académie de médecine. Il a joué un rôle clé dans la stratégie vaccinale contre la Covid en France.
Dans la plupart des pays, la confiance à l’égard de la science, que l’on mesure dans nos enquêtes, témoigne de la relation que les citoyens entretiennent avec leurs institutions, la science étant une institution parmi d’autres. Même si, en France, la confiance accordée à la recherche publique reste élevée (près de huit enquêtés sur dix répondent favorablement), la crise de la Covid-19 a mis en évidence, chez certains experts, une tentation de populisme scientifique. On se souvient, en avril 2020, du promoteur de la chloroquine cherchant un appui dans le sondage d’un quotidien annonçant que près de six Français sur dix croyaient en son efficacité.
À l’heure où Donald Trump et son administration lancent une offensive contre la communauté scientifique, il est utile de rappeler les contours de ce populisme. En tentant de substituer le soutien populaire à la démonstration scientifique, il s’appuie sur l’opinion dominante pour neutraliser ou contourner momentanément le contrôle par les pairs. Ce populisme s’accompagne d’une logique du soupçon : l’institution scientifique porterait un savoir « officiel » au service d’élites technocratiques guidées par leurs intérêts. D’où un air de famille avec certaines mouvances conspirationnistes.
La France est encore relativement épargnée par cette tendance, mais il n’en demeure pas moins essentiel de renforcer la culture scientifique comme composante de la citoyenneté, d’enseigner l’esprit critique notamment chez les plus jeunes, et de préserver l’indépendance des institutions de recherche. Car une science perçue comme partisane risque de perdre son rôle fondamental dans la construction d’une société éclairée.
Les courants populistes gagnent du terrain partout dans le monde, avec un retentissement néfaste sur les questions de santé et de recherche. Les mesures prises récemment à l’encontre du climat ou de la vaccination, aux États-Unis ou en Argentine, en sont la preuve. L’une des caractéristiques du populisme est la simplification extrême des débats. Dans ce contexte, la science, avec sa complexité et son approche nuancée, devient une cible privilégiée puisque toute démarche scientifique qui se respecte exige du temps, de la méthode et une confiance dans les institutions. Les discours populistes jouent sur l’émotion et le rejet d’explications scientifiques considérées comme trop complexes ou éloignées du quotidien des citoyens.
Ce phénomène s’explique en partie par la manière dont l’information est aujourd’hui diffusée. Les réseaux sociaux permettent à des messages simplistes, voire totalement faux, de circuler largement, en reléguant parfois au second plan des travaux scientifiques rigoureux. Certains responsables politiques populistes n’hésitent pas à discréditer les experts lorsque leurs recommandations entravent leurs stratégies électorales ; des enjeux de santé publique deviennent des débats idéologiques.
Face à ces défis, il est urgent de réaffirmer le rôle de la science comme pilier de la démocratie, et de lutter activement contre la désinformation. La solution passe par une meilleure communication sur l’état de la recherche mais aussi par une prise de conscience collective : la vérité scientifique n’est pas une opinion parmi d’autres, elle est le résultat d’un processus méthodique et éprouvé, qui doit rester au cœur des décisions publiques.
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